#Nomanager = no future ? Pas si sûr

Written by Emmanuel Mas

Facilitate executives alignment during transformations - Management consultant - Co-founder at La Boetie Partners
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February 29, 2020

Depuis que Zappos a supprimé à grand bruit tous les managers dans son organisation, un mouvement, tout au moins médiatique, semble se créer autour de cet objectif. L’utopie des communautés des années 70 serait-elle de retour ? Maintenant je n’en suis plus si sûr. Voici de quoi vous faire votre propre idée.Virez les managers ! Lorsqu’en décembre 2011 l’article racoleur de Gary Hamel m’interpella dans la Harvard Business Review , mon intérêt se mêla de suspicion. Comme j’accompagne quotidiennement des équipes dirigeantes qui cherchent à développer l’autonomie de leur organisation, qu’il existât un exemple d’une société de 800 salariés fonctionnant sans manager donnait à ces équipes du grain à moudre et à moi une anecdote pour briller. Cependant, au vu de mes observations, la réalité des organisations rendait ce sympathique exemple sans grande portée. Ces illuminés de Californie resteront d’exemplaires isolés, pensais-je. Ah Gary Hamel ! Ce vrai Guru restera un indécrotable idéaliste, toujours aussi fort pour le battage médiatique, …

Aujourd’hui force m’est de constater que je me trompais.

Tout d’abord l’expérience Morning Star dure depuis 20 ans pendant lesquels la société s’est développée de manière importante, premier signe de réalisme. Ensuite un institut (1) a été créé autour du concept clef de Self-management que décrit très bien Gary Hamel ; cet institut permet à d’autres organisations de se mettre à l’école de Morning Star. Mais à l’époque je ne distinguais là qu’un habile marketing conjugué de la HBR, de Gary Hamel et de Morning Star, pas le signe d’un besoin plus large.

Je ne faisais d’ailleurs pas le lien avec des expériences similaires trouvées tout d’abord à l’Ecole de Paris (2) puis dans le livre d’Isaac Getz, Liberté&Cie (3) où plusieurs entreprises, certaines importante (GORE-TEX), d’autres française (FAVI) toutes très performantes vivaient “libérées” des managers, pour reprendre les termes de l’auteur. Tout cela bien que je l’eusses intégré comme de la culture managériale nécessaire et utile, je continuais à le considérer incompatible avec la réalité que j’observais tous les jours auprès des dirigeants…

Le temps passa.

En juin 2013, lors de la remise des trophées des Espoirs du management (4), Poult gagna le concours pour avoir mis en place la déhierarchisation (5). Dans ce concours la salle vote. Elle sélectionna à une écrasante majorité cette initiative comme la plus porteuse. Moi aussi d’ailleurs je votai pour Poult, y voyant une courageuse et sympathique initiative isolée. Retrospectivement le lien paraît pourtant évident : déhiérarchiser, c’est bien enlever des managers, les managers.

Finalement en décembre 2013 je rencontrais deux dirigeants d’une entreprises nantaise, Inov-on, qui s’essayaient à la mise en place des concepts développés par Isaac Getz pour de vrai dans leur entreprise de 280 personnes, comme ils le racontent sur leur blog. Les entendre à la fois modestes et animés, relater cette expérimentation qu’ils décrivaient comme une aventure riche et incertaine, je commencai à entrevoir un mouvement au-delà de l’effet de mode ou de l’initiative isolée. Quelle énergie il fallait à ces dirigeants pour s’aventurer à suivre ces quelques exemples idéalistes !

Alors je me suis renseigné. J’ai trouvé Treehouse qui après la semaine de 4 jours, passe au #nomanager comme son leader le raconte sur leur blog, puis Zappos à Las Végas, le déclencheur : c’est en lisant l’excellent article de Aimée Groth dans Quartz que j’ai enfin perçu le lien. L’exemple de Medium (6), mais surtout les échanges avec Gamevy (7) ont fini de me convaincre. Au passage j’avais découvert que des confrères avaient élaboré une “technologie de management”, l’Holacracy, concept d’organisation complet pour se passer de managers, celle-là même qui a été mise en place par Zappos. Son représentant en France, IGI, a réalisé une BD on-line qui explique bien leur concept et leur manière de procéder.

Maintenant ma conviction est faite : il se passe quelque chose, un mouvement qui dépasse les concepts, d’Halocracy, de Self-management, de libération ou quelque soit le nom qu’on lui donne. Un mouvement signe d’une aspiration grandissante à travailler autrement dans les organisations, à, pour parler net, assainir l’usage du pouvoir. Revoir la manière de l’organiser, de le déléguer, de l’exercer. Ce mouvement prend corps dans quelques organisations pionnières qui décrivent d’ailleurs toutes leur changement comme une aventure, appparemment exhaltante, parfois incertaine. Avec son flair d’écrivain, Alexandre Jardin l’a saisi depuis de longs mois, lui qui recommande ce changement d’exercice du pouvoir aux dirigeants de notre pays dans son dernier Roman (8) et plus spécifiquement dans sa chronique récente sur ce qu’il nomme l’action indirecte du dirigeant.

Au-delà des figures de style, si je reste honnête, j’avais senti depuis longtemps une aspiration chez certains dirigeants et beaucoup de managers. Ma réelle prise de conscience concerne la réalité du mouvement que cette aspiration engendre. Si tant d’entreprises s’y essayent en vrai  c’est que le mouvement dépasse les bonnes intentions ou les théories.

Alors certes, raisonnablement il y a peu de chance qu’une méga corporation comme P&G, Véolia ou Renault deviennent un jour des purs #nomanagers cependant même ces énormes organisations ne pourront pas échapper aux questions que ce mouvement ne manquera pas de susciter, même en leur sein. Les difficultés de mise en place semblent importantes, je pense y revenir bientôt, mais les expérimentations sont là et il y a vraissemblablement des enseignements à en tirer, j’y reviendrai également.

Maintenant j’en suis convaincu, le mouvement #Nomanager aura un futur, Gary Hamel le disait en 2011, il avait raison.

Chapeau maestro.

Emmanuel Mas
initialement publié sur le Cercle des Echos Le Cercle des Echos

(1) Le Self-management Institute fondé par Chris Rufer le fondateur de Morning Star http://self-managementinstitute.org/ 
(2) L’Ecole de Paris du Management, que je décrivais en 2012, cherche à promouvoir une vision “singulière du management. Personnellement je la vois comme le seul réel contrepoint français à la pensée dominante managériale venant de Harvard. Pour comprendre sa philiosophie l’excellente interview de Michel Berry son fondateur se trouve sur le blog des échos.
(3) Vous pouvez trouver une recension du livre Liberté&Cie sur notre site Internet
(4) Pour découvrir les bien nommées Espoirs du management voir la précédente tribune.
(5) Pour comprendre le concept vous pouvez lire le billet du Gymnase du management
(6) Medium créée par Ev Williams, un des co-fondateurs de twitter, fonctionne sous Holacracy.
(7) Basé à Londres, après avoir retiré les titres puis les managers la société vient de décider de se passer de contrat. Le blog tenu par les dirigeants de Gamevy : http://giantleap.me/ est passionant (en anglais).
(8) Mes Trois Zèbres chez Grasset qui sont ses trois inspirateurs d’un autre mode de vie en général et de direction de la France en particulier.

1 Comment

  1. Great article. I really enjoyed reading it.

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